Parce que Donald Trump a été clair durant sa campagne électorale, parce que le futur président américain a décidé de balayer l’Accord de Paris sur le climat signé l’an dernier lors de la COP21, parce qu’il n’a manifesté depuis sa victoire aucune intention d’assouplir sa position en la matière alors qu’il l’a fait sur d’autres sujets, il est urgent de verdir la Bourse.

 

Il ne s’agit évidemment pas de repeindre en vert Wall Street ou le Palais Brongniart. Il s’agit, à l’heure où l’enjeu climatique est une urgence planétaire reconnue par la communauté internationale, de changer radicalement d’état d’esprit dans le monde de la finance, celui qui travaille avec notre argent, notre épargne et nos contrats d’assurance-vie.

 

C’est précisément l’objet de « l’Initiative Finance verte et durable » lancée par Paris Europlace, l’organisme chargé de développer la place financière de Paris, en ce mois de novembre. A l’heure du « Climate Finance Day » de Casablanca, au moment où se tient la COP22 de Marrakech – le nouveau sommet mondial de l’ONU sur le climat -, Paris Europlace a en effet décidé de mobiliser les troupes.

 

Le constat est simple : la France a tous les atouts pour devenir un leader mondial de la finance verte et la Place de Paris doit le faire savoir, au moment où des initiatives internationales concurrentes se font jour notamment à Londres, Pékin, ou Luxembourg. Avec 15 milliards d’euros, la France est en effet le 2e plus gros émetteur de green bonds au monde, après les Etats-Unis, mais devant la Chine ou la City de Londres. La France sera aussi le premier pays à lancer un green bond d’Etat début 2017. Enfin, la France compte déjà des leaders mondiaux dans tous les maillons de la chaine du développement durable. Des atouts sur lesquels il est impératif de capitaliser.

 

La proposition de créer un indice mondial des places vertes et durables, qui figure en bonne place parmi les 15 propositions du rapport de Paris Europlace, ne manquera pas de marquer les esprits. Imaginons en effet que les investisseurs, qui se tournent aujourd’hui vers le Dow Jones, l’indice S&P ou le Cac40, aillent demain regarder d’abord cet indice de la finance verte. Pourquoi le feraient-ils ? Parce qu’un tel indice se projettera dans le long terme, se focalisera sur les entreprises qui auront diminué les externalités négatives liées à l’enjeu climatique, et réduira par conséquent les risques de placement financier.

 

Alors que l’homme le plus puissant du monde, Donald Trump, considère l’Accord de Paris sur le climat comme un « canular » et comme un obstacle pour l’industrie américaine, alors qu’il pourrait décider d’accélérer dans les gaz de schistes, voire d’exploiter le pétrole situé sous le Pôle Nord pour relancer la croissance à marche forcée quelles qu’en soient les conséquences, une initiative française sur la finance verte et durable, qui deviendrait européenne, qui finirait d’emmener derrière elle la Chine et de grands fonds de pension américains, pourrait changer la donne.

 

Car Donald Trump le milliardaire n’est pas aveugle. Qu’il observe d’autres milliards, ceux de la finance verte mondiale, s’orienter de façon coordonnée vers la transition énergétique et le développement durable tout en créant de l’activité, des infrastructures, de l’emploi et de la valeur financière pour les investisseurs, ne peut que piquer son intérêt. Et pourquoi pas convaincre ses conseillers ?

 

Voilà pourquoi il est urgent de verdir la Bourse.

 

Frédéric Vuillod,
Directeur de la rédaction de Mediatico

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