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Sous l’ombre des coteaux fertiles qui ont nourri la région depuis des générations, le syndicat de la coopération occitane appelait samedi dernier les vignerons coopérateurs à manifester leur forte inquiétude face à la crise viticole qui menace l’existence même des caves coopératives. “Nous vivons une situation alarmante pour notre viticulture”, a notamment déclaré Ludovic Roux, président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie, espérant attirer l’attention des pouvoirs publics. 

La crise qui secoue les caves coopératives de la région trouve son origine dans une combinaison de facteurs. La distillation et la faible récolte de l’année ne suffiront pas à résoudre l’ensemble des problèmes, tandis que les paiements de la distillation s’étaleront jusqu’après mi-2024, mettant la trésorerie de certaines caves dans une situation critique. Plusieurs structures sont d’ores et déjà au bord de la cessation de paiement et les caves qui se spécialisent dans la production de vins rouges d’appellation, situées dans des zones à faible rendement, sont particulièrement touchées. 

Les coopératives viticoles représentent 40% du vignoble français 

Le secteur viticole français, longtemps considéré comme un pilier de l’économie, se trouve en effet confronté à des défis majeurs, en particulier pour les coopératives viticoles. Ces dernières, qui représentent environ 40% du vignoble français, font face à une spirale de la baisse de la consommation de vin, des abandons, des pertes de surfaces, et d’un manque d’intérêt des jeunes pour les vins rouges.

L’année 2022 a marqué un tournant pour les coopératives viticoles, avec une accélération de la baisse de la consommation de vin. Les ventes en supermarché, un indicateur clé, ont enregistré une baisse de 3% pour un chiffre d’affaires de 1 milliard d’euros. 

Crise de consommation : désintérêt des jeunes et concurrence

Plusieurs facteurs expliquent cette crise de consommation. Tout d’abord, la pandémie de COVID-19 a perturbé les habitudes d’achat et de consommation, limitant l’accès aux restaurants et aux bars, qui sont traditionnellement des lieux de dégustation de vin. Ensuite, le changement climatique a altéré les conditions de culture du raisin, affectant la qualité des récoltes. Enfin, l’inflation a entraîné une hausse des prix du vin, décourageant de nombreux consommateurs.

Un autre défi majeur pour les coopératives viticoles est le désintérêt croissant des jeunes pour le vin. Les jeunes générations se tournent en effet de plus en plus vers d’autres types d’alcools, comme la bière et les spiritueux. Les goûts évoluent rapidement, et le vin doit rivaliser avec une concurrence de plus en plus féroce.

Enfin, les coopératives viticoles sont confrontées à une baisse significative des surfaces de vignobles, avec une réduction de 14%, comparée à seulement 3% au niveau national. Leurs capacités de développement sont limitées, et les surfaces moyennes par cave coopérative demeurent modestes, avec seulement 7,7 hectares par cave, contre 13,5 hectares en moyenne par exploitation viticole en France. Malgré des fusions-absorptions visant à augmenter les surfaces, les coopératives ont perdu plus de terrain chaque année depuis 2013, par rapport aux producteurs privés.

Le soutien des pouvoirs publics

Pour faire face à ces défis, les coopératives viticoles ont bénéficié du soutien des autorités publiques. Les aides de l’État ont été cruciales pour maintenir la stabilité du marché face à la chute des ventes due au Covid, à l’engorgement des caves, ou encore au gel en 2021. Mais les coopératives viticoles restent confrontées à des résultats économiques très mitigés et l’urgence est à la reconquête du consommateur. 

Les coopératives viticoles devront également travailler sur la diversification de leurs produits et miser sur des pratiques agricoles durables pour répondre aux préoccupations environnementales croissantes. Enfin, leur capacité à innover, à élargir leur offre et à répondre aux nouvelles attentes des consommateurs sera cruciale pour leur survie à long terme.


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