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Mobilisation maximale au Congrès de l’ESS contre le péril nationaliste, avant les élections législatives surprise convoquées dans trois semaines par Emmanuel Macron, après la victoire haut-la-main de l’extrême droite aux élections européennes. Au premier jour du Congrès des 10 ans de la Loi ESS, à Paris, plusieurs figures influentes et représentatives de l’économie sociale et solidaire ont exprimé hier, durant la plénière d’ouverture, leur vive inquiétude pour la démocratie, les libertés individuelles et les valeurs humanistes.

Jérôme Saddier : La gravité de l’instant

Jérôme Saddier, président sortant d’ESS France, a ouvert les débats en soulignant la gravité de la situation politique. En allusion à l’érosion des barrières démocratiques et à la montée de la droite populiste et radicale, il a déclaré : “Nos débats s’inscrivent pleinement dans la gravité de l’instant : une implantation électorale de l’extrême droite sans précédent dans le pays et, plus généralement, de la droite populiste et radicale dans toute l’UE. Les digues tombent, en même temps que les masques.” (télécharger son discours ici)

Jérôme Saddier a insisté sur l’unité nécessaire de l’économie sociale et solidaire pour contrer ces menaces, malgré la diversité politique de ses membres : “N’oublions pas notre unité proclamée République de l’ESS. Nos raisons d’agir sont ancrées dans une vision d’une société démocratique, solidaire, innovante et conquérante qui permet d’aller chercher le meilleur chez nos concitoyens même en difficulté. C’est l’humanisme qu’il faut opposer à la xénophobie et aux attaques contre la démocratie.”

Exprimant sa crainte face à l’éventualité de voir l’extrême droite accéder au pouvoir, il s’est dit convaincu que l’ESS incarne une force de résistance : “Les législatives anticipées nous font craindre le pire, mais j’ai la conviction que nous pouvons nous opposer clairement. J’entends qu’on ne peut pas prendre en otage nos adhérents, nos salariés, bénéficiaires… mais il est avéré que le vote RN libère le racisme. L’ESS ne peut pas être partisane ni donner des consignes de vote, mais elle ne peut pas être neutre quand il s’agit d’atteintes à l’état de droit, aux libertés, ou aux personnes selon leurs origines.”

Kamaldine Attoumani : L’exemple de 10 ans de luttes à Mayotte

Kamaldine Attoumani, président de la Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire (CRESS) de Mayotte, a partagé une perspective inquiétante sur la situation de son territoire, où l’extrême droite a pris ses marques depuis une décennie en profitant d’une crise permanente. “Cela fait 10 ans que l’extrême droite a pris ses marques à Mayotte, à cause de ce qu’on appelle la perma crise. En janvier-février, nous avons eu des blocages par des “collectifs citoyens” et des “forces vives”… ils sont forts sur le marketing.”

Kamaldine Attoumani a décrit des situations de discrimination et de violence orchestrées par des groupuscules extrémistes, allant jusqu’à bloquer des ambulances pour vérifier la nationalité des occupants. “Concrètement, on ouvre les portes de l’ambulance pour vérifier si les occupants sont Français. C’est aussi le blocage des routes ou de l’hôpital, avec le filtrage sur des barrages tenus par ces groupuscules extrémistes pour vérifier que les personnes ont des motifs légitimes de circuler. À cause de cela, des enfants se sont retrouvés sans soins pendant plus d’un mois.”

Il a également évoqué des actes de violence contre des associations et des structures de l’ESS, soulignant la nécessité de fixer des limites à l’inacceptable. “Le Groupe SOS a été cadenassé, l’association Solidarité Mayotte a été incendiée. On a eu une loi qui touche au code de la nationalité, ça ne leur a pas suffi, maintenant ils veulent le droit du sol. S’ils l’obtiennent, vous croyez que ça va leur suffire ? Cela fait 10 ans pour nous, il faut mettre des bornes à des choses qui ne sont plus acceptables.”

Katy Lemoigne : La protection de l’enfance en péril

Katy Lemoigne, membre du bureau du Conseil National de la Protection de l’Enfance, a apporté pour sa part un témoignage poignant sur l’état actuel de la protection des mineurs, en particulier des mineurs non accompagnés : “J’ai toujours cru que le prendre soin était une évidence communément établie, aujourd’hui je pleure. En France métropolitaine, on atteint des sommets d’indignité.”

Elle a notamment dénoncé le manque de ressources et de soutien pour les mineurs non accompagnés : “Pour s’occuper des mineurs non accompagnés, c’est 12 euros de prix de journée versé par l’État aux associations, contre 200 à 250 euros pour d’autres enfants. On a des mineurs qui se suicident à la Seine quand on ne peut rien pour eux. C’est une catastrophe.”

Katy Lemoigne a aussi critiqué la transformation du rapport de l’Etat aux associations, qui perdent leur capacité à agir de manière autonome : “Les associations ont reculé, nous devenons des délégataires des services publics, nous n’avons plus la capacité à discuter, nous sommes une variable d’ajustement dans les dépenses sociales. On répond à des marchés publics et on fait des bons de commande pour organiser des visites entre parents et enfants… On est loin du rêve social ! (…) Si l’extrême droite arrive au pouvoir, c’est autant de recul des droits sociaux que nous avons construits et conquis.”

Eric Benzekri : L’importance de l’éducation et de la non-violence

Eric Benzekri, scénariste et créateur des séries “La Fièvre” et “Baron noir”, a insisté sur l’importance de l’éducation des enfants et sur la nécessité de ne pas céder aux discours de violence : “La question des enfants c’est l’essentiel. Il ne faut pas s’adapter à l’époque et croire qu’il faut les élever comme des loups, au contraire. Il ne faut rien céder, sinon ça finit toujours par une violence physique.”

Eric Benzekri met aussi en garde contre le risque de céder aux discours populistes, soulignant que ceux-ci mènent inévitablement à une escalade de la violence physique.

Vincent Carry : La fête et la culture comme espaces de résistance

Vincent Carry, directeur d’Arty Farty et président de la Gaîté Lyrique, a clôturé les interventions en parlant de la culture comme un espace de résistance face aux menaces populistes. Arty Farty, une association culturelle lyonnaise, voit avant tout la fête comme un moyen de résistance.

Vincent Carry décrit les attaques dans plusieurs pays européens contre les libertés, contre les communautés et contre les médias publics, quand l’extrême droite est au pouvoir : “En Suède, les libertés académiques et les communautés LGBTQIA+ sont attaquées. En Hongrie, un consortium de médias publics est à la botte du pouvoir. En Slovaquie, c’est la nomination au ministère de la culture d’une personnalité issue de la trash TV, déjà condamnée pour ses propos de haine. Aux Pays-Bas, Geert Wilders démantèle la culture et s’attaque à l’audiovisuel public. En Italie, Mme Meloni s’attaque à la jeunesse, aux marches pour le climat et aux rave parties, pendant que Matteo Salvini dit : « la fête est finie (…) C’était aussi l’esprit du régime de Vichy, quand Pétain stigmatisait « l’esprit de jouissance ».”

Sortir de l’hypnose

Vincent Carry a appelé à une sortie rapide de l’état d’hypnose collective et à une lutte contre l’esprit d’entre-soi, pour promouvoir au contraire un esprit de responsabilité collective face au danger que fait planer l’extrême droite sur la démocratie.

Plusieurs autres intervenants se sont exprimé après la plénière d’ouverture, dont les propos seront relayés par Mediatico dans les jours qui viennent. Le Congrès des 10 ans de la Loi ESS a ainsi été l’occasion d’interpeler les participants par des interventions poignantes, alarmantes et très concrètes, qui mettent en lumière les dangers que la montée de l’extrême droite en France et en Europe fait planer sur la démocratie. A trois semaines des élections législatives.

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