Coordinatrice du récent ouvrage collectif « Pour une conception communiste de l’économie sociale et solidaire », Janine Guespin est chercheuse en microbiologie. Militante communiste de longue date, elle revient pour Mediatico sur son parcours de vie, ses engagements, sa vision d’un monde plus coopératif. Et estime que l’ESS représente les “paillettes du communisme” disséminées dans le monde d’aujourd’hui.

Née de parents communistes et résistants pendant la guerre, Janine Guespin récoltait déjà de l’argent au lycée pour financer des actions de paix en Algérie. A l’époque, elle lisait Marx et Lénine en cachette. Mais c’est la guerre d’Algérie qui l’a poussée sur les chemins de l’engagement. « C’était une guerre profondément injuste, qui m’évoque un sentiment d’horreur. C’est à ce moment-là que j’ai adhéré aux jeunesses communistes », se souvient-elle dans ce portrait vidéo engagé.

Si le communisme la touche encore autant plus de trente ans après la chute du mur de Berlin, c’est parce que la situation du monde actuel l’horrifie : « Nous visons une situation profondément injuste, qui conduit dans le mur non seulement l’écologie, mais aussi la personne humaine », estime-t-elle. A l’évidence, les progrès techniques créent un paradoxe : ils devraient nous faciliter la vie, mais la vie devient toujours plus tendue et difficile pour les êtres humains.

Alors, elle prend de la hauteur et nous invite à réfléchir : « Lucien Sève disait que la crise anthropologique était aussi grave que la crise écologique. Ces deux crises nous emmènent dans le mur. Comment ne pas vouloir autre chose ? », interroge-t-elle.

« L’ESS, ce sont les paillettes de communisme »

Au fil des ans et de son engagement communiste, Janine Guespin est devenue membre de la commission “Economie sociale et solidaire” du PCF, le parti communiste français. C’est là qu’elle coordonne, l’an dernier, la rédaction du manifeste « Pour une conception communiste de l’économie sociale et solidaire ». Loin d’être un ouvrage idéologique, il s’agit avant tout d’un outil à l’usage de celles et ceux qui veulent s’inscrire dans une démarche de dépassement du capitalisme, pour construire un monde qui n’a encore jamais existé.

« L’ESS a le vent en poupe à l’heure actuelle et c’est encore plus vrai depuis la crise du Covid », se réjouit la militante, pour qui « l’ESS est une école de solidarité et de démocratie » et un chemin vers le dépassement du capitalisme. Une conception qui concorde selon elle avec celle du communisme, dont l’objectif est d’abolir l’ordre des choses établies. D’après Janine Guespin, « le communiste n’est pas un idéal lointain, c’est quelque chose qui se construit et qui a commencé à se construire. En ce sens, l’ESS représente des paillettes de communisme ».

Les coopératives, alternative au modèle capitaliste

Les valeurs communistes que Janine Guespin retrouve dans l’ESS sont la solidarité, la coopération, la démocratie ou encore l’émancipation. « À l’heure actuelle, l’économie capitaliste basée sur la compétitivité développe le contraire. Elle encourage la concurrence, le un contre tous, l’absence de solidarité. Elle fabrique un être humain dépourvu de ses valeurs », regrette Janine Guespin. La militante est d’ailleurs convaincue que les entreprises qui fonctionnent selon les valeurs libérales sont nécessairement obligées d’ignorer ou de bafouer les valeurs de l’ESS. En revanche, « lorsqu’une entreprise s’inscrit dans les valeurs de l’ESS, elle développe tout à fait le contraire de ce que développe le capitalisme », soutient-elle.

Le modèle des coopératives lui apparaît comme la meilleure alternative au modèle capitaliste. Et la coopérative Scop-Ti en constitue d’ailleurs un exemple emblématique : « A partir du moment où les salariés ont repris cette entreprise, ils ont complètement modifié les objectifs et le mode de travail, aujourd’hui caractérisé par de très faibles écarts de salaire », indique Janine Guespin.

Et de conclure : « Il est parfaitement viable de faire marcher une entreprise autrement qu’avec les critères capitalistes. Pour moi c’est un chemin vers le communisme », conclut Janine Guespin dans ce portrait vidéo, à voir et à revoir sans hésiter.

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