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Politique, industrie, finance… l’heure est visiblement au grand ras-le-bol sur l’enjeu climatique. Comme un retour de balancier : après des années d’alertes, de prédictions et d’éco-anxiété, la voix du GIEC, dont 80% des scientifiques redoute un réchauffement dévastateur, est aujourd’hui presque inaudible. Tout comme celle de Marie Toussaint, tête de liste des Écologistes pour les élections européennes, qui ne parvient pas à faire vibrer la campagne. En 2024, les lanceurs d’alerte crient… dans le désert !

Dans le même temps, la finance traîne. Elle est pourtant la seule à pouvoir investir dans la transition à l’échelle de la planète et de façon massive. Mais dans le rapport Banking on climate chaos publié hier, huit ONG affirment que l’an dernier, les 60 plus grandes banques du monde ont encore financé l’industrie fossile pour 700 milliards de dollars. Palme d’or pour les trois premières banques américaines, à savoir JP Morgan, Citigroup et Bank of America : 100 milliards à elles trois. Qu’en sera-t-il demain, surtout si Trump revient ?

Pas beaucoup mieux côté français : BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et le groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne ont encore financé les énergies fossiles l’an dernier à hauteur de 40 milliards d’euros (respectivement 12, 11, 8 et 6 milliards). Assurément, leurs financements se réduisent… lentement. Pour ne pas sacrifier les rendements ! Mais les efforts de la finance sont très loin du compte et n’enrayeront pas le dérèglement du climat, assure le rapport des ONG. Quand les uns crient dans le désert, les autres sont aveugles.

Appliquée au climat, cette maxime est mortelle

Enfin, voici celui qui n’entend pas : TotalEnergies, qui vient de fêter ses 100 ans en très grande forme ! Très satisfait du prix du litre à la pompe, qui frôle toujours les 2 euros. Et de son projet climaticide d’oléoduc africain Eacop, qui avance sans coup férir. Un champion de l’industrie française, affirme souvent Bercy… mais qui depuis une semaine veut quitter la bourse de Paris pour celle de Wall Street. Et qui refuse d’examiner, pour son assemblée générale du 24 mai, la résolution de 19 investisseurs institutionnels coordonnée par le Forum pour l’investissement responsable (FIR), qui souhaitent séparer les fonctions de président et de directeur général à des fins de meilleure gouvernance. Mais Patrick Pouyanné, lui, fait la sourde oreille.

Pour être heureux, « Ne vois pas », « N’entends pas », « Ne parle pas », disent les trois petits singes de la sagesse, dans la culture asiatique. Appliquée au climat, cette maxime sera mortelle. C’est pourtant celle qu’ont décidé d’adopter les droites populistes et réactionnaires aux Etats-Unis, comme en Europe où elles dénoncent à présent le récent Green Deal européen comme la mère des batailles. Au profit, soi-disant, des agriculteurs et des consommateurs. Avec tant de conséquences néfastes à venir, s’ils l’emportent.

Un autre retour de balancier viendra…

La semaine dernière, l’émission Complément d’Enquête sur France 2 indiquait que la France et les Etats-Unis compteraient désormais plus de 40% de climatosceptiques. Une vague entretenue largement à coups de désinformation. Tout cela ne serait pas si grave… si le monde était correctement régulé par des contre-pouvoirs politiques, législatifs, judiciaires et citoyens. Hélas, nous n’y sommes pas !
Pour sortir de l’impasse, il nous faudra une justice climatique, des sanctions climatiques, des dénonciations climatiques, une ONU du Climat, une Europe politique du Climat… Six ans après les premières marches de la jeunesse européenne derrière Greta Thunberg en 2018, nous n’en prenons pas le chemin. Pour l’heure, nous vivons un retour de balancier. Mais après le retour de balancier, viendra un autre élan, dans le bon sens cette fois. Ne cessons pas d’alerter, ni d’agir.

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