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C’est un gros pavé dans la marre de l’assurance-vie, placement préféré des Français représentant près de 2.000 milliards d’euros d’épargne, que viennent de lancer l’ONG Reclaim Finance et l’application Rift, engagée pour plus de transparence dans l’affectation de l’épargne des Français.

Dans un rapport publié aujourd’hui qui fustige les pratiques d’investissement des assureurs-vie français, les deux organismes affirment en effet que, loin de financer la transition écologique comme le promettent certains dépliants promotionnels, notre épargne investie en assurance-vie alimente en réalité l’expansion des énergies fossiles.

Les unités de compte échappent aux engagements climatiques

Certes, la quasi-totalité des assureurs-vie analysés se sont engagés à atteindre la neutralité carbone ou à contribuer aux objectifs de l’Accord de Paris. Mais ces engagements ne résistent pas à l’examen des faits : deux-tiers des organismes d’assurance-vie peuvent encore investir, via leurs fonds euros, dans des entreprises qui développent de nouveaux champs pétrolifères et gaziers. C’est notamment le cas de ténors du secteur, comme Crédit Agricole Assurances, AXA France Vie, ou encore BNP Paribas Cardif.

Or, une autre voie est possible puisque CNP Assurances, numéro 2 de l’assurance-vie, s’est engagé à stopper ses nouveaux investissements dans ces entreprises, tandis que Suravenir et MACSF ne financeront plus de nouveaux projets d’infrastructures fossiles (pétrole, gaz, gaz naturel liquéfié).

Un greenwashing omniprésent

Par ailleurs, quand les engagements climatiques existent, ils ne concernent en général que les fonds euros, et jamais ou très rarement les unités de compte (UC), pourtant de plus en plus plébiscitées par les épargnants. En conséquence, sur 100€ investis en assurance-vie en 2024, 41€ ne sont pas soumis à ces engagements climat.

L’analyse de 8.000 unités de comptes (UC) menée par Reclaim Finance et Rift révèle que 63% d’entre elles contiennent des investissements dans au moins une entreprise développant des énergies fossiles. Pire, 22% des UC sont exposées à des développeurs de charbon : TotalEnergies, par exemple, est présent dans plus d’un quart des UC analysées.

Enfin, pour ne rien arranger, le greenwashing est omniprésent dans ce domaine, poursuit le rapport : près de la moitié des UC labellisées “durable”, “vert”, “ESG” ou “responsable” investissent toujours dans des énergies fossiles.

Un appel à sanctionner les assureurs-vie

Face à ce constat, Reclaim Finance et Rift appellent les assureurs-vie à mettre fin à tout nouvel investissement dans les énergies fossiles et à appliquer leurs engagements climatiques aux unités de comptes (UC) et à l’ensemble de leurs contrats d’assurance-vie.

Surtout, les deux ONG exhortent les pouvoirs publics à sanctionner le greenwashing des produits d’épargne, pour que les assureurs-vie prennent leurs responsabilités vis-à-vis de la transition écologique. Elles appellent aussi à renforcer la réglementation sur les investissements durables, pour que toute la transparence soit faite sur la réelle affectation des placements financiers des Français.

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