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En quelques mois seulement, le Covid est devenu le pire ennemi de la transition. Il réinstalle le tout jetable en reléguant l’écologie en arrière-plan. Il nous pousse à une consommation-réflexe irréfléchie. Il défait le lien social en masquant nos sourires. Il brise certains totems économiques, comme celui de la dette perpétuelle, sans parvenir à déstabiliser le tabou de la destruction créatrice de valeur. En résumé, il accélère la perte de sens d’une société en quête d’elle-même, balayant en un éclair des années d’efforts pour accélérer la prise de conscience des citoyens pour les modèles de développement économiques alternatifs. Saleté de virus !

Saviez-vous que ce virus accroît même les inégalités financières ? Le Conseil d’Analyse Économique, qui conseille le Premier ministre, expliquait hier matin comment, durant le confinement, les plus pauvres ont dû puiser dans leur épargne pour compenser leurs pertes de revenus, tandis que les plus riches parvenaient à épargner davantage, voire à rembourser leurs emprunts, temporairement privés de leurs dépenses favorites que sont les repas au restaurant, les loisirs du week-end ou les séjours en vacances. Résultat : entre février et août 2020, le patrimoine financier des Français a explosé, progressant de près de 100 milliards d’euros en moyenne à l’échelle de la France ! Mais pas pour tous les Français : le ratio d’épargne des plus pauvres, lui, a reculé. Ceux-là n’ont pas réussi à rembourser leurs dettes.

Au fait, avez-vous entendu parler cette année de la semaine de la finance responsable ? Car au fond, rien de tel pour redonner du sens à votre épargne durant ces temps troublés. Sauf qu’elle s’est terminée vendredi dernier, dans un trèèès grand calme. Même elle, hélas, a fait les frais du coronavirus. Incapable de mobiliser, faute de pouvoir organiser des évènements publics fédérateurs à la veille d’un possible reconfinement. Cette année, très peu d’écrans publicitaires, hormis ceux de la Caisse d’Épargne. Pas d’ours blanc famélique devant l’ancienne Bourse de Paris, pour alerter sur le rôle de la finance dans le réchauffement climatique. Pas d’évènement festif non plus, pour dire aux épargnants qu’ils peuvent orienter leur épargne vers des projets d’investissement verts, sociaux, inclusifs ou circulaires. Vous avez un peu d’épargne ? Parlez-en vite à votre banquier !

Finalement, les 508 fonds labellisés « investissement socialement responsable » (ISR) en France, gérés par 79 sociétés de gestion, représentant plus de 200 milliards d’euros d’encours, placés sous forme de fonds mobiliers ou immobiliers, d’assurance-vie ou de livrets d’épargne, ont organisé, dans l’ensemble de la France, durant cette semaine essentielle pour l’investissement responsable, un total de… 9 évènements ! Oui, neuf, dont un seul en présentiel. Hélas, le calme plat. Triste à pleurer ! La faute au Covid ? Pas du tout. La faute aux banques françaises, qui n’assurent pas le service après-vente de leurs placements responsables.

Le constat est chaque année le même : 61 % des Français accordent une place importante aux impacts environnementaux de leurs placements, 68 % pensent que l’ISR est aussi performant que les autres placements, mais seuls 5% se sont vu proposer des placements responsables par leur conseiller bancaire. Et si on les obligeait à faire du marketing positif pour les placements responsables, comme d’autres font de la discrimination positive à l’embauche ? Et si on les invitait à renoncer à leurs marges pour pouvoir faire des soldes sur les placements éthiques durant la période du black friday ? Et si on élargissait à quatre semaines cette semaine de la finance responsable, période où l’on interdirait la vente de placements non-responsables durant un douzième de l’année sous peine de dénonciation par les ONG ?

En attendant, faisons autrement : investissons en direct dans des projets qui ont du sens. Cette semaine, alors que un village sur deux n’a plus de commerce en France, Comptoirs de Campagne a par exemple levé sur Lita.co plus de 3,4 millions d’euros, dont une partie auprès de 280 particuliers, pour accélérer le développement de son réseau de commerces multiservices en zones rurales, qui permet de ramener des services de proximité dans les villages, de valoriser les productions locales et artisanales et de contribuer au renforcement du lien social.
Et si on faisait comme eux ?


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