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« En juillet 2020, je proposais à la Maire de Paris une feuille de route pour changer l’économie parisienne », entame Florentin Letissier, en ouvrant cette soirée qui sonne comme un rendez-vous. Trois ans plus tard, en effet, voici venue l’heure d’un bilan intermédiaire de la politique qu’il mène à Paris. Maire adjoint en charge de l’Économie sociale et solidaire, de l’Économie circulaire et de la Contribution à la stratégie Zéro déchet, Florentin Letissier invitait donc jeudi 19 octobre à venir écouter son bilan de mi-mandat dans le 14e arrondissement, sa terre d’élection.

L’élu écologiste a d’abord rappelé ses quatre priorités : développer une économie locale, solidaire et de proximité au service des habitants ; créer à Paris des emplois solidaires et non délocalisables ; créer des « boucles de matières » par filière pour préserver les ressources naturelles ; enfin relocaliser des activités productives à Paris et diversifier le tissu économique parisien. 

Avec une enveloppe budgétaire conséquente à la clé, de 20 millions d’euros par an. Soit autant que l’Etat consacre à l’ESS à l’échelle nationale, sourit Florentin Letissier. Sur cette enveloppe, 8 millions d’euros (contre 6 millions en 2020) sont directement orientés vers le secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE), afin de « redonner un emploi à des chômeurs de longue durée, à des personnes handicapées, à des jeunes sans diplôme ou à des personnes à la rue ». Cela a permis « la création de 1.143 contrats d’insertion supplémentaires et, au total, d’accompagner 7.000 personnes », indique Florentin Letissier. 

L’économie sociale et solidaire est invitée à devenir plus circulaire

Mais son grand pari, c’est le changement d’échelle de l’économie circulaire à Paris. En travaillant son interdépendance avec le secteur de l’insertion, car les projets d’économie circulaire sont de bons supports pour la création d’emplois. Mais aussi en orientant les structures de l’ESS vers plus d’économie circulaire : « Je dis aux acteurs de l’ESS : si vous avez un projet d’économie circulaire, la Ville de Paris vous aidera ». Pas assez circulaire, l’économie solidaire ? Ces deux activités sont proches par leurs valeurs, il est vrai. Mais elles sont rarement proches sur le plan opérationnel. A quelques exceptions près.

Ainsi, les ressourceries, qui créent de l’emploi local grâce à la collecte, la réparation et la revente à bas prix : « Nous en avons ouvert de nouvelles, le maillage de ces boutiques solidaires est de plus en plus dense sur le territoire parisien ». Ou encore la Manufacture Solidaire, dans le 13e arrondissement : celle-ci a fait l’objet d’un financement de 2,5 M€, en incluant non seulement les travaux de mise aux normes, mais aussi la prise en charge par la collectivité d’une décote sur le loyer que la structure verse à un bailleur social. Et revoilà le budget au coeur des réflexions… 

« Tout a changé quand Anne Hidalgo a décidé d’augmenter la taxe foncière à Paris », souligne Florentin Letissier. Après avoir vu disparaître la taxe d’habitation, quasiment non-compensée par l’Etat, insiste l’élu écologiste, le budget de la Ville de Paris s’est trouvé très fortement contraint. Longtemps pris en étau entre leurs ambitions politiques et la contrainte budgétaire, les élus soufflent depuis la décision de la Maire de Paris, reconnaît-il. Impopulaire, la décision d’augmenter la taxe foncière redonne des marges de manœuvre pour financer les politiques publiques locales.

Structurer 5 filières prioritaires

Pour les 3 ans qui viennent, la priorité de Florentin Letissier est de structurer 5 filières qui pèsent lourd dans le bilan écologique de la Ville de Paris : les équipements électroniques, le textile, la construction, la logistique, et la consigne contre le plastique jetable.

  • Le textile, avec le développement des points de collecte et de revente, notamment en ressourceries et en boutiques solidaires. Un bon point pour le pouvoir d’achat, pour la consommation responsable, pour la création d’emplois d’insertion et pour la prise de conscience écologique.
  • La logistique, avec des initiatives comme Tri En Seine qui permet à de grandes entreprises (RATP, Natixis, Eau de Paris) d’évacuer désormais leurs encombrants en vélos-cargos : ceux-ci acheminement les déchets vers des péniches amarrées sur la Seine, qui se rendront par voie fluviale à la déchetterie de Gennevilliers. « Cela leur coûte moins cher de mutualiser, plutôt que de contractualiser individuellement avec des transporteurs », explique Florentin Letissier.
  • La construction et l’ameublement, à l’image de la rénovation exemplaire réalisée aux Canaux par des acteurs de l’ESS, avec des techniques 100% écologiques. « Les Canaux sont devenus une vitrine pour la formation des acteurs du bâtiment ». La Ville a aussi noué un partenariat avec Saint-Gobain, qui recycle le verre des fenêtres du parc immobilier social, une fois que des acteurs de l’ESS ont déposé les fenêtres ».
  • La consigne pour lutter contre le plastique jetable, car « à elle seule, la vente alimentaire à emporter produit 15 tonnes de déchets plastiques par jour à Paris », nous apprend l’élu. Les restaurateurs voient bien sûr dans la consigne une contrainte supplémentaire. Mais ils n’ont aucune obligation réglementaire, ni aucune incitation à devenir plus vertueux. « La consigne décollera le jour où le plastique jetable sera interdit par l’État », conclut Florentin Letissier.
  • Les équipements électroniques, en s’appuyant sur des structures comme Emmaüs ou EcoLogic. « On parle souvent de l’empreinte carbone, on parle trop peu de l’empreinte matière », estime Florentin Letissier, c’est à dire de notre gaspillage de matières premières, de ressources minérales et de terres rares, lorsque l’on jette des objets. La complexité des opérations de tri est telle en déchetterie, que « nous avons besoin d’une stratégie de collecte et de recyclage par matière ».

En attendant de décerner les 10 trophées parisiens de l’ESS le 30 novembre prochain, centrés cette année sur le sport-santé et le sport de proximité, l’élu écologiste conclut son bilan de mi-mandat par une réflexion plus globale sur l’emploi, et notamment l’emploi des jeunes.

Car l’économie sociale et solidaire est non seulement porteuse d’emplois par essence, mais les structures de l’ESS ont aussi du mal, en parallèle, à renouveler leurs cadres dirigeants et leurs conseils d’administration. Voilà une opportunité unique à saisir pour les jeunes, qu’ils soient diplômés ou non. Mais aussi pour tous les cadres en souffrance, qui cherchent un sens dans leur travail. 


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