« Je ne pensais pas que tu étais si anti-niouque » ! L’interpellation de mon confrère Grégoire Favet, en sortant de son plateau télévisé la semaine dernière chez B Smart, me donne à réfléchir. Anti-niouque, moi ? C’est-à-dire anti-NUC ou « anti-nucléaire », comme l’exprime cet anglicisme raccourci dans les salles de marchés ? Oui, un peu, certes. Je me souviens trop bien, collégien dans les années 80, de ces fusées à tête nucléaire Pershing II, plantées par l’OTAN sur le sol allemand et dressées avec arrogance face au bloc soviétique. Course à l’armement. Guerre froide. Incompréhension des peuples, angoisse d’une menace militaire permanente… C’était la crise des euromissiles. Voilà qui rappelle une autre escalade, celle qui a lieu aujourd’hui-même aux portes de l’Ukraine. A l’époque, la désescalade a fini par venir. Mais dans la cour du collège, mon engagement pacifiste était né. Et avec lui, ma vocation de journaliste.

Aujourd’hui, anti-NUC certes. Mais avec une dose de pragmatisme. Car chez B Smart, nous parlions d’énergie nucléaire, et non pas d’armes militaires. Nous parlions d’énergie propre, pardon, disons plutôt décarbonée. L’électricité d’origine nucléaire, en effet, n’émet pas de CO2. Cela donne à la France un avantage compétitif indéniable dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, qui nous coûtera moins cher qu’à nos voisins. Et un temps d’avance appréciable pour amorcer la transition vers un mix énergétique majoritairement renouvelable… dans trente ans peut-être ? Laissons le temps au temps : anti-niouque, vous dis-je, mais avec une dose de pragmatisme ! Pour autant, le nucléaire n’est ni propre, ni inoffensif. Et encore moins bénéfique pour l’environnement ! N’en déplaise au Président de la République.

Derrière la taxonomie verte, les subventions européennes

Emmanuel Macron vient en effet de faire entrer le nucléaire et le gaz dans la « taxonomie verte européenne », ce catalogue qui liste les activités économiques jugées très officiellement comme « bénéfiques pour l’environnement ». Objectif de cette taxonomie, selon le gouvernement : faciliter les investissements dans la transition écologique, comme le ferait un label européen, en permettant de mettre en place des dispositions favorables aux investisseurs, sous forme d’incitations fiscales ou de subventions européennes. Et viser grâce à eux la neutralité carbone à l’échelle européenne à horizon 2050. Objectif essentiel. Déterminant. Capital. Mais trompeur !

Comment faire croire que l’énergie nucléaire serait bénéfique à l’environnement quand elle exige d’extraire de l’uranium sur d’autres continents, d’enfouir sous terre des déchets qui restent radioactifs plus de 300 ans selon EDF, et de surveiller en permanence tous les aléas industriels, humains, sismiques, terroristes ou climatiques qui peuvent provoquer un accident nucléaire irrémédiablement destructeur, comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima. Ma posture chez B Smart n’était pas celle d’un anti-niouque arc-bouté sur une idéologie, mais celle d’un citoyen qui refuse d’être dupé par une manœuvre politique. Halte au mensonge. Le nucléaire n’est PAS bénéfique à l’environnement.

Quel programme climatique chez Yannick Jadot ?

Résultat, Emmanuel Macron déclenche sa première crise politique en Europe, à peine entamée sa présidence française de l’Union européenne pour une durée de six mois. Le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, le plus grand groupe du Parlement européen, est vent-debout contre la France. Le Luxembourg et l’Autriche sont prêts à saisir la Cour de Justice Européenne en cas de labellisation verte du nucléaire. Concernant le gaz, également intégré à la taxonomie européenne alors que c’est une énergie fossile, une coalition de fonds de pension et de gestionnaires d’actifs, l’Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC), qui pèse 50.000 milliards d’euros d’investissements, dénonce pour sa part une activité « incompatible avec l’ambition climatique de l’Europe ». Le journal allemand Die Zeit estime que « l’Europe trahit ​l’esprit du Green Deal avec sa taxonomie verte » et la Fondation Jean Jaurès parle pour sa part d’une « claque pour l’Allemagne ».

Pas étonnant dans ces conditions d’entendre l’eurodéputé Yannick Jadot, candidat à l’élection présidentielle tout comme le sera bientôt Emmanuel Macron, l’invectiver devant le Parlement européen de Strasbourg : « Vous resterez comme le président de l’inaction climatique », l’accable le candidat écologiste. Et sur France 5, ce dimanche, il poursuit : « Il n’y a pas d’énergie propre, toutes produisent des déchets ». Et d’énoncer les grandes lignes de son programme climatique : investir d’abord massivement contre les passoires énergétiques dans le logement, développer sur 30 ans les énergies renouvelables alternatives, puis seulement arrêter progressivement les centrales nucléaires. Mais aussi fermer le gazoduc Nordstream 2 qui contourne l’Ukraine.

Et donner à l’Union européenne l’occasion de prendre le leadership mondial d’une économie sans carbone, compétitive, innovante et créatrice de centaines de milliers d’emplois.

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