Qui ne connaît pas Yuka !? Un petit scan sur le code barre de vos produits en supermarché et hop, vous savez si votre madeleine est trop sucrée. Si ce shampoing est allergène. Ou si votre tranche de jambon contient des nitrites. Aaahhh, les nitrites ! Déjà 25 millions d’utilisateurs, dont 16 millions en France, pour cette application lancée voilà quatre ans à peine. Mais aussi déjà plusieurs procès. Aaahhh, les procès !! Car j’ai oublié de vous dire un truc : Yuka propose des alternatives aux produits mal notés. Gonflé ! Et comme Yuka est indépendant, Yuka dit ce qu’il pense. « Name and shame », disent les Anglo-saxons. Et les lobbies n’aiment pas ça. Mais pas du tout. Aaahhh, les lobbies !!!

Voilà donc Yuka condamnée le 13 septembre à 25.000 euros d’amende pour dénigrement du spécialiste du jambon cuit ABC Industrie. Puis encore le 24 septembre, à 20.000 euros d’amende pour dénigrement des mini-saucissons Auvernou, distribués par Le Mont de la Coste. Ces deux entreprises sont membres de la Fédération française des charcutiers traiteurs (FICT), qui avait elle-même fait condamner Yuka à 20.000 euros d’amende en mai dernier pour le même motif. Quel motif exactement ? Selon le tribunal : « dénigrement dans la diffusion d’informations sur les additifs nitrités ». Ah bon.

Nitrites : rien n’est scientifiquement prouvé

Nul ne prétend donc que les charcuteries ne contiennent pas de nitrites, ces antioxydants qui rendent le jambon bien rose. Yuka a juste tort de nous informer correctement, en nous rappelant par un lien clicable que l’OMS juge les nitrites comme « cancérigènes probables ». Sauf qu’à ce jour, rien n’est scientifiquement prouvé. Le débat se pose donc de façon très caricaturale : le gentil Yuka défend l’information libre, complète et transparente des consommateurs, tandis que les méchants industriels de la charcuterie défendent leurs intérêts financiers. Il faut dire qu’un jambon gris, ça fait grise mine. Et qu’un charcutier qui ne vend plus de charcuterie, ça fait une tête de cochon !

Du coup, les industriels contre-attaquent. La FICT rappelle qu’à moins de trois tranches de jambon par semaine, notre santé n’est pas menacée. Mais Julie Chapon, cofondatrice de Yuka, répond que « 68 % des Français dépassent la quantité maximum de charcuterie recommandée par Santé publique France ». Entre les deux, qui va gagner ? Aujourd’hui, la balle est revenue dans le camp de la justice : Yuka a fait appel de ces condamnations.

Près de 100.000 euros de frais de justice pour Yuka

Mais l’affaire est grave parce qu’à l’évidence, des industriels veulent faire plier Yuka. ABC Industries, qui a obtenu 25.000 euros de dommages et intérêts, avait réclamé au juge 714.000 euros. Imaginez les montants cumulés demandés pour ces trois plaintes de charcutiers. Imaginez les plaintes, demain, des autres fabricants de jambon. Et celles des filières agroalimentaires aux produits transformés, forcément mal notés. Ou celles des fabricants de détergents et autres lessiviers, s’ils peuvent s’engouffrer dans la brèche.

L’application Yuka est en danger. A l’heure qu’il est, elle devrait débourser près de 100.000 euros, frais d’avocats inclus, si elle perd en justice. De quoi mettre l’entreprise citoyenne à terre. Heureusement, la cagnotte en ligne qu’elle vient de lancer auprès de sa communauté lui a permis de récolter bien plus, près de 350.000 euros jusqu’ici, grâce à 18.000 participants ! Mais cette somme ne peut servir qu’à payer les frais de justice, pas les sommes issues de la condamnation : la loi l’interdit. La cagnotte risque donc d’être à la fois trop pleine… et pas assez.

« S’il se trouve que la cagnotte excède nos frais de défense à l’issue de ces procédures, nous reverserons le différentiel à l’association La ligue contre le Cancer », s’est engagée Yuka. Il faut dire que c’est avec l’association de consommateurs Foodwatch, et avec la Ligue contre le cancer, que Yuka participe à une campagne contre les nitrites dans les charcuteries.


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