La Loi Garot sur le gaspillage alimentaire fête ses quatre ans cette semaine. Certes, 10 millions de tonnes de nourriture sont encore jetées chaque année en France. Mais la loi a tout de même permis d’avancer : de nombreux producteurs, distributeurs et consommateurs ont pris conscience de l’importance de cesser tout gaspillage alimentaire, pour des raisons tant sociales qu’environnementales. Quant aux acteurs de l’économie sociale et solidaire qui se préoccupaient déjà de ces enjeux, la loi de 2016 leur a permis de mûrir, de se structurer et de se développer.

Exemple avec l’entreprise sociale Phénix. Depuis sa création en 2014, elle a orienté son action de lutte contre le gaspillage alimentaire vers la redistribution des invendus alimentaires des grandes surfaces à des associations. Mais avec sa levée de fonds de 15 millions d’euros réalisée en novembre 2018, elle a élargi considérablement sa palette de solutions. Elle étend désormais son champ d’action au grand public : une application mobile permet aujourd’hui aux particuliers d’acheter à prix réduit les invendus des commerçants de leur quartier.

Phénix s’adresse aussi à présent aux industries de l’agro-alimentaire et de la restauration collective : leurs volumes d’invendus commencent à être collectés par la start-up française. Enfin, Phénix se déploie à l’international : le cadre hexagonal est trop restreint pour un développement rapide, alors cap sur l’Espagne, la Suisse, la Belgique, le Portugal… Les acteurs de l’économie sociale et solidaire n’ont pas à rougir de leurs ambitions !

Jean Moreau, le co-fondateur de Phénix, estime en effet que les entreprises de l’ESS ont intérêt à sortir de leur écosystème pour s’inspirer des méthodes efficaces de la Tech traditionnelle. Et de citer spontanément la réussite de Doctolib, ou encore celle de Blablacar. Et pas question de venir le chatouiller sur ses valeurs : selon lui, avoir autant d’ambition dans l’ESS que dans le secteur Tech ne signifie évidemment pas que l’on va perdre son âme pour autant.

Phénix, qui se préoccupe de sa valeur ajoutée en termes de qualité et de quantité de dons alimentaires, vient d’ailleurs de mener une étude en collaboration avec la Banque Alimentaire de Rennes, menée auprès de 24 enseigne de distribution et 7 associations partenaires. Il en ressort notamment que près de 93% des produits collectés sont valorisés, donc écartés de la poubelle, et que 70% des produits frais collectés ont une durée de vie moyenne supérieure à deux jours, écartant tout soupçon de mauvaise qualité des produits alimentaires. Phénix rappelle aussi que le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire ne cesse de croître : plus de 5,5 millions de personnes étaient concernées en 2017, contre 2,6 millions en 2009.

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